Le castor, nouveau rat des villes ?

Chassé au siècle dernier, le castor se refait une santé depuis sa réintroduction dans les années 1970. L‘animal barbote entre les départements de la Loire et de la Loire-Atlantique. L’espace lui sied si bien qu’il se fait les dents dans les zones urbanisées. Des spécialistes de la faune ligérienne expliquent le phénomène.

Des arbres rongés sur les rives tourangelles, des gros rats aux longues incisives croisés à Blois et Orléans… Pas de doute le castor fait son trou en ville. Un retournement de situation pour cet animal disparu dans les années 1900 car chassé pour sa fourrure et pour son huile prisée des industries de parfum.

En 2014, la Loire hébergerait 2 000 castors. Une population qui s’étire aux abords des villes. La Nouvelle-République rapporte en juin 2017, la présence de traces sur des arbres « taillés comme des crayons de bois » au bord du petit-Cher, le long de la route menant au quartier des Deux-Lions, une zone urbanisée au sud de Tours. Un employé des parcs et jardins de la ville évoque « d’autres indices en amont de la passerelle du Fil d’Ariane et du lac de la Bergeonnerie ». Des lieux souvent fréquentés par les citadins.

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Infographie de Faune sauvage, n° 297 paru au 4eme trimestre 2012. Connaissances et gestions des espèces : Où en est a colonisation du castor en France ? Pierre-Marie Dubrulle et Michel Catusse.

Pas peur de l’homme

Un cas similaire est arrivé en avril 2018 dans la cité de Namur, sur la Meuse en Belgique. Stéphane Abras, coordinateur adjoint du contrat de rivière de la Haute Meuse a son idée sur cette percée en ville : « Les castors vont vivre deux ans avec les parents. Lorsque des nouveaux jeunes arrivent, les jeunes de deux ans sont chassés, explique l’intéressé à la RTBF. La présence très proche de l’homme ne lui fait pas peur, ni les bruits de la ville ni l’éclairage public. Le castor a une très mauvaise vue. » Deux réponses qui peuvent expliquer l’agrandissement du territoire de l’animal.

Gaëlle Caublot, chargée d’études au Groupe mammalogique (mammifères) et herpétologique (reptiles et amphibiens) du Limousin abonde dans ce sens. « Le castor est un animal placide, pas hyper farouche. La preuve : on peut en croiser en plein centre-ville à Blois ou Orléans. » Des propos recueillis en novembre 2017 par la Montagne.

Quitte à chercher d’autres exemples, en février 2018, « un rongeur s’est établi derrière la prison du chef-lieu du Seeland », lit-on à l’entame de l’article du Matin. Les faits se sont produits à Bienne, dans le canton de Berne, en Suisse.

Près de 2 000 castors sur la Loire

En attendant de croiser à l’accoutumée ce rat des villes d’une vingtaine de kilos et de 30 cm de long, les rives sauvages de la Loire accueillent de nouveau l’animal depuis plus de quarante ans. Entre 1974 et 1976, treize castors ont été réintroduits dans le fleuve en amont de Blois, dans le Loir-et-Cher. Vingt ans plus tard, se sont de nouveau treize animaux à la queue plate qui sont lâchés dans le département de la Loire de l’autre côté de deux grands barrages hydroélectriques qui bloquent leur remontée naturelle.

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Près de 2000 castors vivraient le long de la Loire. Crédit : Minette Layne

En 1987, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONFCS) a créé le réseau Castor. Dont l’un des objectifs est de suivre la répartition de l’espèce et sa progression sur le territoire français. Aurélien Leduc est inspecteur de l’environnement au service départemental de Loire Atlantique pour l’OFCS. Dans un reportage réalisé par l’office en novembre 2017, il parle de son métier : « Le but est de déterminer la répartition du castor et la progression de la population. Pour cela, il faut cibler un secteur d’un cours d’eau sur plusieurs kilomètres pour repérer du bois coupé, des barrages, des huttes… Ceci afin d’alimenter un cartographie nationale à l’instant t. »

Aurélien Leduc est aussi le garde du corps du castor. « Quand un barrage est repéré, j’avertis les propriétaires voisins pour les informer de la présence d’une espèce protégée. La destruction de son habitat est puni par la loi. »

Son confrère du Maine-et-Loire, François Grangeard conseille les acteurs de la filière peuplier, un arbre qui subit les coups de dents de l’animal. « Nous réalisons un constat des dégâts et préconisons la mise en place d’un clôture électrique ou de manchons grillagés au pied du tronc. »

En amont de Nantes, à Oudon dans la vallée de l’Hâvre, Brice Livoir est spécialisé en botanique et des insectes. En octobre 2017, le passioné de nature raconte au quotidien Ouest-France la découverte de la première famille de castors dans cette région. « C’était en 2006. Je pense depuis qu’on arrive au terme de la colonisation du castor dans le bassin hydrographique de la Loire. Car l’animal n’aime pas les enrochements, les bouchons vaseux et la salinité de l’eau en remontant l’estuaire. »

Peut-être que la pollution des berges citadines et les quais jonchés de guinguettes sont plus à son goût ?

Paul PÉAN.

Photographie principale de Sven Začek.

 


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